Biographie
Le célèbre baryton français Gérard Souzay a dit à propos de la musique de Jacques Leguerney : “Comment décrire cette musique qui est, en même temps, classique et moderne ? Elle est pure, mais finement colorée. Elle parle du cœur ainsi que du cerveau, par moments calme, par moments pleine d’esprit, mais sensuelle. La musique de Jacques Leguerney est un jardin à la française, à la fois élégante et chic.”
Jacques Leguerney est né au Havre le 19 Novembre 1906. Son oncle lui a acheté son premier piano et l’a encouragé à étudier la musique et à composer. Il compose des oeuvres de chambre et prend quelques cours d’harmonie avec Nadia Boulanger, qui a arrangé la création de ses mélodies Épitaphe guerrière et Clair de lune à l’occasion d’un concert de la Société musical indépendante à la Salle Pleyel. Finalement, il décide de ne pas continuer ses études avec Boulanger, conscient de ce que ses dons sont naturels et spontanés, et que les vrais musiciens n’ont pas besoin de faire d’exercices pour pouvoir composer.
En 1928, deux mélodies de Leguerney sont interprétées par la soprano Jane Bathori lors d’une tournée en Argentine et l’année suivante à la salle Érard à Paris. En 1932, à la mort de son père, Leguerney reprend la direction de la société familiale et arrête de composer jusqu’au début de la deuxième guerre mondiale. Cette période de l’occupation de France par les Allemands jusqu’à la fin des années quarante est une des plus prolifiques dans la vie musicale de Leguerney. Il a commencé son cycle de mélodies sur des Poèmes de la Pléiade, un autre cycle sur les poèmes de PaulJean Toulet ainsi que des oeuvres de musique de chambre : la Sonatine pour violon et piano, la Fantaisie pour piano et le Quatuor à cordes en ré.
En 1943 Leguerney fait la connaissance de Gérard Souzay ainsi que de sa soeur, la soprano Geneviève Touraine, de la pianiste Jacqueline Robin (Bonneau), du baryton Pierre Bernac, et de Francis Poulenc, qui ont tous devenus ses amis et ses interprètes privilégiés. La virtuosité pianistique de Robin (Bonneau) a fortement influencé le style de Leguerney, ce qui a conduit Bernac à qualifier ses oeuvres vocales de mélodies de pianiste.
En 1946, Leguerney reprend ses fonctions dans l’entreprise familiale, mais trouve également le temps de composer un ballet sur le mythe d’Endymion. La création a lieu le 27 juillet 1949 à L’Opéra de Paris avec une chorégraphie de Serge Lifar. Son deuxième ballet, La Vénus noire, est une commande de l’Opéra de Paris, mais n’a pas été monté en raison d’une discorde à propos de la mise en scène. Leguerney fut profondément déçu de cet échec, qui le décida finalement à arrêter la composition.
Leguerney a finalement connu la reconnaissance des mélomanes pendant les années 19501954 avec les créations par Souzay et d’autres des cycles de mélodies telles que La Nuit, La Solitude, Le Paysage, et Le Carnaval ainsi que la cantate Psaume LXII de David et la version orchestrale de La Solitude. Pierre Bernac et Francis Poulenc, ainsi que Bernard Lefort et Germaine Tailleferre ont programmés les mélodies de Leguerney pendant leurs tournées internationales.
Entre 1951 et 1959, Leguerney fut directeur artistique de la maison de disques Lumen. Parmi d’autres projets, il a organisé des enregistrements de ses oeuvres par Gérard Souzay, Geneviève Touraine et Jacqueline Robin (Bonneau). Son enregistrement de son Quatuor à cordes en ré a gagné le Grand Prix de Disque de l’Académie Charles Cros en 1959.
Chez
Leguerney, la soprano américaine Lisa Bonenfant,
la Pianiste Mary Dibbern
et le baryton Kurt Ollmann preparant l'enregistrement des mélodies de Leguerney sous la direction artistique du compositeur.
Les années 19801997 ont vu la naissance d’un nouveau regard sur les mélodies de Leguerney. En 1984, la pianiste Mary Dibbern et le baryton Kurt Ollmann, en compagnie des sopranos Lisa Bonenfant et Deborah Massell, ont enregistré deux disques de mélodies de Leguerney pour Harmonia Mundi France. Dans le journal anglais Gramophone, un critique a écrit : “Il semble que Pierre Bernac a qualifié les mélodies de Jacques Leguerney de ‘mélodies de pianiste’ et l’on peut bien comprendre pourquoi : l’écriture pour le piano est souvent très dramatique, turbulente et passionnée dans un discours qui n’est pas retenu ni typiquement français. Ce style est parfois plus proche de Brahms que des modèles français connus. Leguerney est un compositeur qui mérite bien le détour.”
C’est étrange qu’il ait fallu que ces jeunes artistes américains et canadiens enregistrent ces mélodies pour que les musiciens français comprennent l’importance de Leguerney. Ces artistes ont été formés à l’interprétation de la mélodie française, ce qui leur a permis d’apprécier la maîtrise et la beauté des oeuvres de Leguerney. Suite à ces enregistrements, les artistes lyriques européens tels que Nathalie Stutzmann, Jean-Philippe Courtis, Didier Henry, Danielle Borst, Brigitte Balleys et Philippe Huttenlocher ont également programmé et enregistré les mélodies de Leguerney.
Jusqu’à sa quatre-vingt-onzième année, Leguerney a continué ses activités mondaines: assistant aux concerts et représentations chorégraphiques avec ses amis, des vacances à sa résidence secondaire de Grimaud, organisant des dîner et d'autres fêtes, et suivant attentivement les concerts et les enregistrements de ses oeuvres. Il n'a jamais perdu son merveilleux sens de l'humour ni son style très jeune et créative d'habillement. La nuit du 9 Septembre 1997 Jacques Leguerney a subit un léger accident cérébrale et a été hospitalisé. Il est mort le matin suivant dans son sommeil. Quelques jours plus tard, un petit group de ses amis assistaient à son enterrement dans son caveau de famille à la cimetière Monumental au dessous de Rouen.
texte biographique © 2007 by Mary Dibbern, utilisée avec la permission de l'auteur.
