Robert Orledge's Notes for this Edition
Robert Orledge's fascination with Claude Debussy began in the early 1980s when he published Debussy and the Theatre with Cambridge University Press. Researching in Paris, he was astonished to discover that Debussy planned over 50 theatrical works but only fully completed two on his own: the opera Pelléas et Mélisande (1893–1902) and the ballet Jeux for Diaghilev's Ballets Russes (1912–13).
Of the rest, many were never started musically — like Siddharta and Orphée-roi with the Oriental scholar Victor Segalen (1907); some had only tantalising sketches, like the Edgar Allan Poe opera Le Diable dans le beffroi (1902–03); others were half-finished, like the second Poe opera La Chute de la Maison Usher (1908–17); while still others were musically complete but had their orchestrations finished by other composers — Khamma by Charles Koechlin (1912–13), and Le Martyre de Saint Sébastien and La Boîte à joujoux by his "angel of corrections," André Caplet, in 1911 and 1919 respectively.
It has to be admitted that what some scholars call Debussy's "compulsive achievement" could equally be viewed as laziness, at least where the minute detail required for calligraphing orchestral scores was concerned. Creating the music itself seemed of greater importance than controlling its final sound — even if Debussy was an imaginative orchestrator when he found the time and energy. He also appears to have preferred inventing ideas to developing them into complete works. Yet despite the lack of detail in many of his sketches (missing clefs, key signatures, dynamics, phrasing), the notes themselves are surprisingly accurate.
This complete orchestral version is based on the three-act short vocal score held in the Robert Owen Lehman deposit at the Morgan Library in New York City, in which every orchestral reminder or idea has been meticulously followed.
Debussy probably met Catulle Mendès, his first librettist, at the Librairie de l'Art Indépendant on the rue de la Chaussée d'Antin in Paris — a shop Debussy visited almost daily, usually in the company of the faithful Erik Satie. The two men met frequently at the Brasserie Pousset in 1890. Mendès had a history of writing libretti for promising young composers in the hope that one of these works would be taken up by an opera house. Debussy appears to have accepted the libretto in April 1890 and wrote the bulk of the music between 1890 and 1892. It was likely the libretto itself that caused him difficulties, though he did not complete Pelléas either until it had been accepted for production by the Opéra-Comique.
Act I
In medieval Spain, Rodrigue and Chimène are deeply in love, and their marriage seems imminent. However, a bitter rivalry divides their families: Rodrigue's father Don Diègue and Chimène's father Don Gomez vie for royal favor. When the king names Don Diègue guardian of the royal standard, Don Gomez feels humiliated and insults him. Too old to avenge the affront himself, Don Diègue demands that his son Rodrigue defend the family's honor. Rodrigue is torn between filial duty and love — to avenge his father means killing the father of the woman he adores.
Act II
The act opens on a chess game between Rodrigue's two brothers, with Rodrigue watching from the background. An old beggar arrives — revealed to be Don Diègue in disguise — who implores his sons to defend his honor. After agonizing deliberation, Rodrigue decides that honor must come before love. He challenges Don Gomez and kills him in combat. Chimène, now bereaved, is overwhelmed by grief and rage. Despite her love for Rodrigue, she demands justice and insists he face punishment for her father's death. Rodrigue, guilt-stricken but steadfast, accepts her hatred as his rightful fate.
Act III
Spain faces a Moorish invasion, and Rodrigue goes to war seeking redemption in battle. He performs great deeds of valor and saves the kingdom. Returning as a hero, he is acclaimed by the people. Chimène, torn between public duty and private feeling, cannot help but admire his courage. In the final confrontation love and honor remain irreconcilable — Rodrigue offers himself to be slain by Chimène, but she cannot strike him.
The opera ends with a solution proposed by Don Diègue and Rodrigue's brothers: Rodrigue shall lead the king's army into battle. If he perishes, it will be for the glory of country and king; if he lives, he shall be allowed to marry Chimène. Rodrigue agrees and rushes off to meet his fate.
The principal distinction between this version and previous attempts to complete the opera is its authentic orchestration in Debussy's late-nineteenth-century Wagnerian style. The gaps in Debussy's score have been filled in a stylistically consistent manner; tempi and expressive markings throughout follow Debussy's intentions as they can be determined for the period of composition. It is hoped that this new performance edition will allow Rodrigue et Chimène to enter the standard operatic repertoire at last.
Press
Notice de Robert Orledge pour cette édition
La fascination de Robert Orledge pour Claude Debussy a débuté au début des années 1980, lorsqu'il a publié Debussy and the Theatre aux Presses universitaires de Cambridge. Au cours de ses recherches à Paris, il a été stupéfait de découvrir que Debussy avait projeté plus de cinquante œuvres théâtrales, mais n'en avait entièrement achevé que deux par lui-même : l'opéra Pelléas et Mélisande (1893–1902) et le ballet Jeux pour les Ballets Russes de Diaghilev (1912–1913).
Parmi les autres projets, beaucoup ne furent jamais commencés musicalement — comme Siddharta et Orphée-roi avec l'orientaliste Victor Segalen (1907) ; certains n'existaient qu'à l'état d'esquisses, comme l'opéra d'après Poe Le Diable dans le beffroi (1902–1903) ; d'autres furent à moitié achevés, comme La Chute de la Maison Usher (1908–1917) ; tandis que certains, musicalement complets, virent leur orchestration terminée par d'autres compositeurs — Khamma par Charles Koechlin (1912–1913), et Le Martyre de Saint Sébastien et La Boîte à joujoux par son « ange des corrections », André Caplet, en 1911 et 1919.
Il faut bien admettre que ce que certains chercheurs qualifient de « besoin compulsif de créer » chez Debussy pourrait tout aussi bien être interprété comme de la paresse — du moins en ce qui concerne le soin minutieux exigé par la calligraphie de ses partitions orchestrales. Il semblait lui importer davantage de créer la musique que d'en contrôler le rendu final, même s'il était un orchestrateur imaginatif lorsqu'il en trouvait le temps. Il préférait également inventer des idées plutôt que de les développer en œuvres achevées. Pourtant, malgré le manque de détails dans ses esquisses (clés, armatures, nuances, phrasés souvent absents), les notes elles-mêmes sont étonnamment précises.
Cette version orchestrale complète repose sur la réduction chant et piano en trois actes conservée dans le fonds Robert Owen Lehman de la Morgan Library à New York, dont toute indication orchestrale ou idée a été scrupuleusement respectée.
Debussy rencontra probablement son premier librettiste, Catulle Mendès, à la Librairie de l'Art Indépendant, rue de la Chaussée-d'Antin à Paris, qu'il fréquentait presque quotidiennement, souvent en compagnie du fidèle Erik Satie. Les deux hommes se retrouvaient régulièrement à la Brasserie Pousset en 1890. Mendès avait l'habitude d'écrire des livrets pour de jeunes compositeurs prometteurs, espérant qu'une de ces œuvres serait produite dans un opéra. Debussy semble avoir accepté le livret en avril 1890 et avoir composé l'essentiel de la musique entre 1890 et 1892. C'est probablement le livret qui lui causa des difficultés — bien qu'il n'ait pas non plus achevé Pelléas avant que l'opéra ne soit accepté par l'Opéra-Comique.
Acte I
Dans l'Espagne médiévale, Rodrigue et Chimène s'aiment profondément et leur mariage paraît imminent. Cependant, une rivalité amère divise leurs familles : le père de Rodrigue, Don Diègue, et le père de Chimène, Don Gomez, se disputent les faveurs du roi. Lorsque le roi nomme Don Diègue gardien de l'étendard royal, Don Gomez se sent humilié et l'insulte. Trop âgé pour se venger lui-même, Don Diègue exige que son fils Rodrigue défende l'honneur familial. Rodrigue est déchiré entre devoir filial et amour : venger son père signifie tuer le père de la femme qu'il adore.
Acte II
L'acte s'ouvre sur une partie d'échecs entre les deux frères de Rodrigue, tandis que celui-ci les observe. Un vieux mendiant se présente — Don Diègue déguisé — qui implore ses fils de défendre son honneur. Après une longue délibération intérieure, Rodrigue décide que l'honneur doit primer sur l'amour. Il provoque Don Gomez en duel et le tue. Chimène, dévastée, est submergée de douleur et de colère. Malgré son amour pour Rodrigue, elle réclame justice. Rodrigue, accablé de remords mais résolu, accepte sa haine comme un châtiment mérité.
Acte III
L'Espagne fait face à une invasion maure, et Rodrigue part à la guerre en quête de rédemption. Il accomplit de grands exploits et sauve le royaume. À son retour, le peuple l'acclame en héros. Chimène, déchirée entre devoir public et sentiments privés, ne peut s'empêcher d'admirer son courage. Dans la confrontation finale, l'amour et l'honneur demeurent irréconciliables : Rodrigue s'offre à être tué par Chimène, mais elle ne peut s'y résoudre.
L'opéra se conclut sur une solution proposée par Don Diègue et les frères de Rodrigue : Rodrigue conduira l'armée du roi au combat. S'il périt, ce sera pour la gloire du pays et du roi ; s'il survit, il pourra épouser Chimène. Rodrigue accepte et s'élance vers son destin.
La différence principale entre cette version et les tentatives précédentes de compléter l'opéra réside dans son orchestration authentique, fidèle au style wagnérien de Debussy à la fin du XIXe siècle. Les lacunes de la partition ont été comblées de manière stylistiquement cohérente ; les tempi et les indications expressives suivent les intentions de Debussy telles qu'elles peuvent être déterminées pour la période de composition. On espère que cette nouvelle édition de représentation permettra enfin à Rodrigue et Chimène d'entrer dans le répertoire lyrique standard.