Neo Konjaku Monatali (Les Fantômes d’EDO)

 

Les Fantômes d’EDO

Livret de Masumi Yoshida

Musique de Jean-Thierry Boisseau

Il est écrit pour :

Soprano et Basse solo

Cinq voix de femmes

un piano ( Moyuru Maeda )

un saxophone ( Paul Wehage )

des éléments de synthèse sonore pré-enregistrés

 

 

Le Japon vit avec les esprits des disparus. Il font partie du quotidien et l’on doit prendre en compte cette présence de tous les jours. Cette réalité qui n’a rien de folklorique et la société japonaise est imprégnée de cette permanence des esprits et ce d’une manière réaliste, sans aucune arrière pensée poétique telle qu’on peut la concevoir aujourd’hui dans la littérature de tradition orale occidentale (Grimm, Pérault, Leprince de Beaumont, Madame d’Aulnoy, Andersen etc) . L’idée de fantastique au Japon n’a donc rien à voir avec cet irrationnel occidental qui, s’il fait partie de l’inconscient collectif, et relève désormais surtout de monde de l’enfance n’a jamais vraiment été considéré comme correspondant à une réalité tangible . Le Japon en revanche croit réellement à ces esprits, fantômes et/ou autres entités appartenant à un autre monde ( pas forcément à « L ‘Autre Monde » des civilisations monothéistes occidentales ).

Le Japon vit avec ses fantômes et pas dans le seul but de faire peur aux enfants.... Le propos de ce spectacle de théâtre musical vise simplement à raconter une histoire imprégnée de cet univers mental japonais mais aussi d’y induire et c’est là le rôle du musicien, des éléments occidentaux . Il espère aussi à travers l’expression d’éléments culturels typiquement nippons tendre vers l’universalité tant il est vrai que quelque soit notre origine nous vivons toujours avec nos fantômes... Le texte est écrit à partir de contes traditionnels japonais ( Contes de la Lune Vague après la pluie ) mais l’auteur y introduit des éléments d’une histoire contemporaine, de l’Histoire Contemporaine et de sa propre histoire et ce en gardant les principes traditionnels de la narration. La musique est résolument de notre temps mais d’un style accessible à toute oreille. L’œuvre se présente sous la forme d’un spectacle musical en trois tableaux

 

Note d’intention du librettiste

 

C’est en prenant de la distance (au sens spatial du terme ) que l’on est à même de mieux comprendre son propre pays et sa propre culture. Installé en occident depuis de nombreuses années, je suis constamment amené à apprécier les rapports et les liens culturels qui ont unis à diverses périodes le Japon et certains pays d’Europe. Vivant en France très souvent je me suis particulièrement intéressé à ceux qui ont existé et existent entre la France et le Japon , que ce soit à la fin du siècle dernier ou de nos jours dans le monde de la peinture et de la musique ; j’espère en participant à l’écriture de cette œuvre avec des artistes ayant les mêmes intentions, participer à la création d’un nouveau terrain de rencontre établi sur un principe de parité..

J’ai choisi d’écrire ce livret à partir de contes japonais datant du Moyen Age ( XI°-XII°siècle ), du début de la période des samouraïs . Période à laquelle comme dans le Japon d’aujourd’hui on assiste à une certaine dispersion des pouvoirs. Ces contes parlent comme la plupart des contes traditionnels du monde entier, de l’Amour et de la Mort...Mais ils le font avec cette manière particulière qu’ont les japonais d’intégrer tout naturellement dans le récit des entités que les contes d’ autres cultures présentent comme exceptionnels, esprits, démons, fantômes, sans vouloir créer la surprise ou l’effroi tant la cohabitation avec eux fait partie du quotidien. Ces contes sont un excellent reflet de notre univers mental. Je crois que mon état d’homme du XX° siècle et de Japonais imprégné de culture occidentale fera naturellement de cette réécriture le ferment de cette nouvelle rencontre .

Masumi Yoshida

Note d’intention du compositeur

J’ai à défaut d’une connaissance scientifique du Japon, un rapport résolument affectif avec ce pays. Ma démarche de musicien relève donc elle aussi de l’affect . Je ne cherche pas à faire de japonaiseries ou à intégrer dans mon discours musical des données ethno-musicologiques mais tout simplement à faire cohabiter dans une même œuvre un univers poétique occidental qui est le mien et un univers poétique oriental tel que je le ressens à travers ce que je découvre peu à peu du japon. Cette démarche relève du Je ne sais quoi et du Presque rien, de l’indicible en tous les cas.... Plus techniquement, ma procédure de composition s’attache en permanence à faire en sorte que mon langage musical puisse glisser imperceptiblement vers des citations, et plus encore à intégrer des mélodies traditionnelles japonaises de diverses époques.

Il s’agit donc d’une rencontre essentiellement poétique prenant en compte l’altérité de chaque culture, creuset d’où sortirait un alliage dont les éléments d’origine seraient capables de se reconnaître sans pour autant s’opposer, se toucher sans se phagocyter, s’embrasser sans se vampiriser... se respecter, en quelque sorte.

Jean-Thierry Boisseau



 
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